Implication d’Ault Environnement dans les débats
L’interpellation écrite par Ault Environnement des candidats à l’élection municipale en janvier 2020 a été l’occasion de relancer un débat avec un rappel historique et une série de questions :
« La question principale porte sur l’avenir du front de mer : ouvrages de protection (digue 83, perrés, épis), casquette, promenades, villas.
Rediscuter le choix d’abandon à terme des ouvrages de protection de la falaise et de repli stratégique qui a été fait dans le dos des Aultois(es)
L’histoire qui suit mérite d’être contée car elle reflète les pratiques d’élus et de fonctionnaires de l’Etat qui prennent des décisions sans un véritable débat public préalable, débat qui offrirait aux citoyens et aux associations l’occasion de s’informer, de s’exprimer, de dialoguer et de négocier.
En janvier 2013, les Aultois(es) découvrent dans la presse l’annonce par le SMBSGLP d’un projet de démolition de 80 maisons sur le front de mer après expropriation et reconstruction sur le site du Moulinet.
Face aux réactions nombreuses et vives, le SMBSGLP rejette sur la presse la responsabilité de cette annonce et la mairie d’Ault recommande de ne pas s’inquiéter.
Après avoir mené son enquête, l’Association parvient à faire condamner la commune par le Tribunal Administratif d’Amiens pour qu’elle transmette l’étude sur laquelle était basée cette information.
Ault Environnement découvre alors ce qui s’est tramé.
⇒ En 2010, une étude de développement communal et de gestion durable de l’érosion côtière a été confiée aux cabinets d’étude Interland et Sogreah.
⇒ En 2012 un comité de pilotage composé de la commune, du SMBSGLP, du Département, de la Région Picardie et de l’Etat adopte l’option d’abandon des ouvrages de protection de la falaise et de repli stratégique sur le site du Moulinet.
Ainsi les institutions qui habituellement aidaient financièrement la commune à réaliser des travaux de protection contre l’érosion se voyaient soulagées du poids des aides à Ault pour mieux se focaliser sur l’aide à la lutte contre l’érosion des communes de Mers, Cayeux, Saint Valery et Le Crotoy.
⇒ En novembre 2012, le SMBSGLP dépose auprès de l’Etat la candidature de la commune d’Ault dans l’appel à projet Cousin pour l’expérimentation d’un repli stratégique.
⇒ En 2013, Ault est retenue par l’Etat pour cette expérimentation avec 4 autres sites en France.
A aucun moment, le conseil municipal d’Ault n’a été appelé à débattre et délibérer sur ce choix stratégique.
⇒ En 2015, le Programme d’Actions de Prévention des Inondation Bresle-Somme-Authie confirme le choix d’abandon des ouvrages.
⇒ En mars 2016, le rapport d’orientations budgétaires du SMBSGLP n’appelle pas d’observation des élus.
Pourtant il prévoit pour le front de mer :
« Abandon, déconstruction des épis » au Bois de Cise
« Entretien minimal pour éviter la ruine, le temps d’organiser le repli » à Ault-centre et Onival (plan extrait du rapport).
Toutes les décisions convergent pour aller dans ce sens comme on peut le voir après.
- Le SMBSGLP lance un appel d’offre dans lequel est prévue l’étude de la déconstruction des ouvrages (digue et casquette).
- En septembre 2016, est signée une convention-cadre relative à la stratégie littorale. Aucun argent public n’est prévu pour des travaux de protection de la falaise.
- En 2016, l’Etat accorde à la commune une nouvelle Autorisation d’Occupation Temporaire du domaine public maritime qui l’autorise à gérer les plages mais interdit tous nouveaux travaux de renforcement des ouvrages de protection.
- En 2015, l’Etat impose autoritairement un Plan de Prévention des Risques qui bloque toute possibilité d’évolution des constructions dans une bande d’environ 70 mètres le long de la falaise en ignorant les propositions faites par Ault Environnement. Le tribunal administratif l’annule en 2018.
- Mais en avril 2018, la municipalité a décidé d’imposer dans le Plan Local d’Urbanisme ces règles fixées par l’Etat dans le PPR et contestées. Ce PLU a été validé par la Communauté de Communes des Villes Soeurs en juin 2018.
- Le 5 janvier 2020, Madame Sueur annonce dans ses vœux, avec satisfaction, que l’annulation du PPR de 2015 par le tribunal remet en vigueur le PPR de 2001 moins contraignant. Elle omet de dire que la commune, alors qu’elle n’y était pas obligée, a inscrit les règles contraignantes du PPR 2015 dans le règlement du Plan Local d’Urbanisme qui continue à s’appliquer tant qu’une modification du PLU n’est pas votée par la Communauté de Communes.
- Le 4 décembre 2019, le conseil municipal délibère sur le « redéploiement des réseaux d’assainissement » qui vise à se préparer à l’effondrement de la rue de Saint-Valery.
- Ault Environnement dispose des documents qui attestent de ces réalités, pour ceux qui douteraient de cette histoire étonnante qui met en colère les Aultois(es) qui ont eu la chance d’en être informé(es).
Questions aux candidats avec les réponses de Marcel Le Moigne (2020)
Vous engagez-vous à mettre la stratégie littorale en débat avec la population et à publier les diverses études disponibles pour éclairer les discussions ?
« Page 4 de notre programme dans « l’aménagement du bord de mer et les ouvrages de protection de la falaise que les pouvoirs publics ont prévu d’abandonner à terme : Après consultation, nous défendrons la position majoritaire des Aultois.es devant les services de l’État » et page 5 « l’éventualité d’un référendum sur les grands projets » est évoqué. La concertation est donc au cœur de notre projet et il convient de communiquer tous les éléments et documents indispensables à un véritable débat. »
Ferez-vous mener les études complémentaires nécessaires pour examiner les conditions de sauvegarde et de renforcement des épis, perrés et casquettes, les solutions de confortement et de prolongation de la digue 83 pour protéger la falaise et permettre la promenade, et pour étudier la faisabilité de la préservation de l’ancien casino et du redéveloppement d’usages dans ce bâtiment ?
« Oui en fonction de la prise de connaissance des documents existants.
L’étude sur le coût de la prolongation de la digue 83 nous paraît indispensable pour contrer la pensée unique de recul stratégique. »
Renégocierez-vous avec les financeurs pour modifier, en fonction des résultats des études et des débats, la stratégie adoptée en 2012 et pour obtenir les concours financiers nécessaires à la protection et la mise en valeur de la côte ?
« Oui et nous rechercherons d’autres sources de financement. »
Quand demanderez-vous à la CCVS de modifier le Plan Local d’Urbanisme pour assouplir le règlement de la zone rouge en front de mer qui interdit les transformations et extensions des maisons ?
« Dès l’installation du conseil communautaire la demande sera faite sur la base d’une délibération du conseil municipal d’AULT qui sera prise pour engager le pourvoi en cassation contre le PPR auprès du conseil d’État. »
Nous demanderons alors à la CCVS de ne pas intégrer le règlement du PPR au règlement du PLU, tout en le laissant inscrit en annexe de celui-ci. »
Etes-vous prêt à étudier un projet de musée de la falaise, vu l’abandon par le SMBSGLP du projet de CIPOF (Centre d’Interprétation des Paysages et d’Observation de la Falaise) ?
« Un projet de création d’un musée de la falaise, des métiers et des arts est prévu page 7 de notre programme. »
Le changement de municipalité à Ault en 2020 et la loi d’août 2021 Climat et Résilience ouvraient la porte à l’élaboration de nouvelles stratégies locales. Ault Environnement voulait prendre sa part dans l’animation du débat public et dans la mise en œuvre de processus participatifs qui redonnent du sens à la démocratie. L’association serait fortement présente dans les concertations obligatoires. Elle organiserait des réunions d’information et des discussions pour favoriser l’expression des habitants en connaissance de cause et pour être force de proposition.
Ault Environnement a de nouveau interpellé les candidats à l’élection municipale en janvier 2026
Protection de la falaise
L’intention de repli stratégique est toujours présente dans le plan local d’urbanisme.
Le PPR bloque l’évolution des maisons dans la zone proche de la falaise (environ 70 mètres).
La loi Climat-Résilience fixe des conditions aux constructions (caractère démontable, caution pour la démolition)
La CCVS étudie le recul probable du trait de côte à 30 et 100 ans.
L’entretien des ouvrages de protection est minimal.
Aucun projet de renforcement des ouvrages de protection n’est étudié.
Ault Environnement a constitué depuis 2013 un fonds documentaire important et des documents de sensibilisation au sujet. L’association continue à rechercher des informations pour les mettre à disposition du public et sollicite régulièrement les pouvoirs publics. Elle organise des réunions et des animations pour alimenter le débat public.
Ouvrages de protection
- Entretenir, préserver, réparer les ouvrages de protection existants : digue 83, perrés d’Onival et du centre, épis, casquette (diagnostic, programme pluriannuel de travaux, entrave à la circulation des poids lourds sur la casquette).
- Rendre publiques et accessibles les études réalisées sur la gestion du trait de côte (étude sur l’ancrage du cordon de galets…).
- Mener une concertation sur les études à conduire concernant la stratégie générale, les ouvrages de protection existants et futurs, le devenir de la casquette et du site de l’ancien casino.
- Prolonger la digue 83 pour protéger le pied de la falaise de la côte de la Montagne ; sécuriser les parties fragiles du haut de la falaise ; prolonger la promenade de la digue 83 jusqu’à l’ancien casino.
- Enrocher le pied de la falaise au sud-est du perré du casino, sous le chemin du littoral montant vers le quartier du Bel Air.
Quartiers en bord de falaise
- Associer les habitants à la définition des zones de recul du trait de côte à 30 et 100 ans, aux conditions de constructibilité de ces zones dans le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (en remettant en cause les règles absurdes du Plan de Prévention des Risques de 2015 qui interdisent tout).
- Etudier les conditions concrètes de mise en œuvre de la loi Climat-Résilience pour les constructions en zone rouge (conséquences pour les propriétaires, difficultés d’application).
- Avancer de manière concertée sur un projet de désenclavement du quartier du Bel-Air grignoté par l’érosion. »
Les réponses de Marcel Le Moigne
- « Nouvelle cartographie des risques dans le cadre de la loi climat et résilience.
- Étudier les mesures pour sécuriser les quartiers vulnérables (Bel-Air, Onival, casquette) et prolonger les protections existantes (enrochement en pied de falaise), dans le cadre du PAGIT.
- Associer davantage les habitants aux décisions concernant le trait de côte et la stratégie de protection en partenariat avec le chargé de mission recruté. »
Eclairer les débats et les décisions sur la stratégie de gestion du trait de côte
Ce qu’attend Ault Environnement de la municipalité, du Syndicat Mixte Baie de Somme – Grand Littoral Picard et de l’Etat:
- Des études sur la protection du pied de falaise de part et d’autre du casino et sur la possibilité de continuité de la promenade entre le perré du casino et la digue 83 jusqu’à la plage d’Onival.
- Des études sur la sauvegarde de l’ancien casino et des ouvrages qui l’entourent
- Des études sur la pérennité de la casquette sur le haut de la falaise.
- Des études sur le désenclavement de la partie haute du quartier du Bel-Air dont l’accès pourrait être bientôt coupé par le recul de la falaise.
- De la transparence sur ces études.
- Des discussions contradictoires et éventuellement des contrexpertises.
- Du dialogue avec les pouvoirs publics/
Les actions d’Ault Environnement
Le 3 novembre 2018 et le 2 mars 2019, Ault Environnement a animé des réunions publiques d’information et de débat sur la gestion du littoral. En été 2019, Ault Environnement a commencé à organiser des visites historiques du bord de mer pour sensibiliser et diffuser de l’information au sujet des falaises.
Début 2020, l’association a interpellé les candidats à l’élection municipale et a reçu une réponse de Marcel Le Moigne et a réalisé un document rassemblant les questions et les réponses (pages 1 et 2 concernant le trait de côte).
En été 2021, Ault Environnement, face au succès des visites historiques, a créé une exposition « Histoires de falaises » puis a édité en fin d’année un catalogue de l’exposition pour répondre au grand intérêt suscité par l’exposition. Celle-ci a été complétée en 2025 et un livre a été publié : « Ault, Histoires de falaises, des origines géologiques à nos jours ».
Le 26 août 2023, une nouvelle rencontre publique a été animée par Ault Environnement qui a présenté un document comprenant un rappel historique, le contexte politique national et local et les projets et idées dont on entend parler.
Le 16 septembre 2023 a eu lieu la célébration du quarantième anniversaire de la digue 83 à l’initiative d’Ault Environnement pour que le sujet de la prolongation de la digue ne soit pas enterré ou perdu de vue par les autorités. Cet événement a pris le nom de « digue humaine » et se renouvelle tous les ans : 22 septembre 2024, 20 septembre 2025. (Discours du 20 septembre 2025)

