Parc du château du Moulinet : un devenir en question

Evolution du site

Au cœur d’Ault, perché sur la hauteur, le parc du Moulinet est situé entre deux valleuses où sont blottis le centre-bourg d’Ault et le quartier de la Pêche. Sur ce promontoire se trouvaient le château féodal, disparu dans la mer depuis plusieurs siècles, ainsi que des moulins dont il reste le moulin de pierre, rue du Moulin, et le nom du château du Moulinet construit à la fin du 19° siècle par un banquier amiénois. La propriété comprenait une maison de gardien et une ferme dont il reste des bâtiments. Elle a servi de colonie de vacances au milieu du 20° siècle. C’est un site escarpé, assez boisé qui offre des vues magnifiques sur Ault et sur la mer.

cliquez sur la photo pour article « La vie de château »

La propriété a été acquise en 2004 par l’établissement public du Smacopi devenu SMBS-GLP, Syndicat Mixte Baie de Somme Grand Littoral Picard. Les bâtiments sont à l’abandon depuis cette date. Le SMBS-GLP a créé une ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) en 2010 pour la redynamisation d’Ault et la relocalisation de 80 maisons du front de mer dans le cadre d’un choix politique de repli stratégique et de renoncement aux ouvrages de protection contre l’érosion marine, choix qui sera fortement contesté par la population.

Un aménagement public du site a été entamé en 2016 par le SMBS-GLP: création d’une voie d’accès pour des constructions futures et d’un parking, défrichement d’espaces boisés le 1° avril 2017. Un centre culturel a été construit sur une prairie en 2019 à l’initiative de la commune pour remplacer la salle des fêtes municipale, ancien casino du bord de mer voué à la démolition par choix stratégique de repli à l’intérieur des terres. Le parc a été ouvert au public après débroussaillage de quelques chemins en attendant son aménagement en jardin public. Un projet hôtelier et immobilier est à l’étude.

Mais c’est aujourd’hui un site dont l’avenir se cherche car sa constructibilité a été annulée par la justice administrative en 2020 en application de la loi Littoral.

Vous pouvez lire l’histoire de ce projet et des débats qu’il a suscités dans les chapitres suivants :

 

Projet d’investissement hôtelier et immobilier – 2022

Un projet a été présenté au public le 2 avril 2022. (compte-rendu d’Ault Environnement) par le maire d’Ault et la société Meltgroup, investisseur hôtelier, qui a donné suite à l’appel à projet lancé au printemps 2017 par le SMBS-GLP  (articles La Gazette et Courrier Picard, et le règlement de la consultation). Il s’agit de créer un hôtel-restaurant dans le château, des chambres dans le bâtiment de la colonie de vacances et de l’habitat léger de loisir. L’investisseur réfléchit aux activités qui pourraient être installées dans les bâtiments de la ferme. Pour équilibrer financièrement l’opération, il souhaite qu’il soit possible de construire environ 90 logements sur l’ancien terrain de foot situé à côté du parc. L’investisseur et son architecte, Christelle Gautreau, ont exprimé la volonté de concertation avec la population et fait appel à des idées sur l’affectation des locaux de l’ancienne ferme.

Une révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU) est engagée par la Communauté de Communes des Villes Sœurs (CCVS) pour rétablir une certaine constructibilité du site et permettre la réalisation du projet à l’étude. Cela prendra plus d’une année.

Le maire a annoncé une nouvelle réunion publique en juillet 2022 sur le projet hôtelier et immobilier et une concertation à partir de septembre sur l’aménagement du futur parc public. Par ailleurs la révision du PLU fera l’objet de la concertation obligatoire et d’enquêtes publiques.

Histoire d’un projet d’aménagement lié à une nouvelle stratégie côtière

Le SMBS-GLP, après avoir acquis le terrain en 2004, a engagé des études préalables en 2005-2006.

Le conseil municipal d’Ault a délibéré le 28 novembre 2008 sur le développement d’un nouveau quartier et a confié le projet au SMBS-GLP qui a mené des études pré-opérationnelles en 2009-2011.

Le conseil municipal a établi le 28 avril 2010 les modalités de concertation préalable à la création d’une ZAC (Zone d’Aménagement Concerté).

Un dossier de concertation a été mis à disposition du public pendant l’été 2010 (du 5 juillet au 31 août). Une réunion publique s’est tenue le 23 septembre 2010 et plusieurs ateliers ont eu lieu.

Le dossier de concertation  exprime les raisons d’urbaniser le Moulinet :

  • « Opportunité de développer la ville en zone côtière sécurisée »
  • « Le site n’est pas concerné par l’érosion dans les siècles à venir »
  • « L’implantation de logements et équipements à cet endroit bénéficiant de vues exceptionnelles, répond au besoin de renouvellement urbain de la zone côtière soumise à l’érosion »
  • « La population aultoise en diminution … s’en trouvera renforcée »
  • L’aménagement et la valorisation du Moulinet doivent « contribuer à renforcer l’attractivité du bourg d’Ault »
  • Le site sera « un espace ouvert à tous que les aultois pourront se réapproprier »
  • L’enjeu est de « construire le nouveau visage de la ville dans le Grand Site Baie de Somme », « Ault occupera la place de Porte Sud du Grand Site »

Les objectifs affichés étaient de construire:

  • 190 logements
  • « un équipement festif et culturel en remplacement de l’ancien casino menacé d’érosion »
  • « un pôle hôtelier avec restauration »
  • un parking pour « décongestionner les espaces les plus proches du rivage ».

Un bilan de la concertation a été publié en juin 2011. Il conclut : « la concertation … a montré l’intérêt et l’adhésion globale de la population pour le projet du Moulinet ». Mais la rénovation des espaces publics d’Ault, du front de mer et des accès à la plage « est perçue comme déterminante et complémentaire à l’opération du Moulinet pour sa réussite et pour que Ault se façonne une nouvelle image ». Il y a nécessité de redynamiser le centre-bourg. Il faut « finir de protéger la falaise en reliant Onival à Ault par une promenade en bord de mer qui recentrera la ville et la vie sur la mer ». A ces attentes, le SMBS-GLP répond : « la liaison Onival-Centre-bourg par le belvédère du Moulinet est une promenade attrayante faisant découvrir le patrimoine architectural et paysager en prenant de la hauteur et en ayant de vastes horizons sur mer ».

Des craintes ont été exprimées par la population: la grande quantité de logements (190), la préservation des arbres, le fait d’éloigner Ault de la mer, l’accès à la mer depuis le site, la préservation de l’authenticité d’Ault, la difficulté d’accéder à pied à ce site escarpé. La polyvalence de l’édifice de remplacement du casino, …

Le SMBS-GLP a répondu ainsi : « l’espace festif et culturel qui remplacera l’ancien casino sur le Moulinet est étudié pour offrir une certaine polyvalence ». « Le cheminement piéton de la porte Bréhamet est le fil rouge qui doit relier le Moulinet au centre-bourg et à la mer ». « Concernant la plage d’Ault, l’objectif est de démolir le casino une fois le nouvel espace festif et culturel construit sur le Moulinet, pour libérer le panorama sur les falaises » ; « Les espaces boisés seront conservés et gérés de façon à être embellis ».

Une étude d’impact sur l’environnement a été soumise à enquête publique en mai 2011. Nous n’avons pas le compte-rendu et l’avis du commissaire enquêteur. C’est un document important qu’il faudra respecter et actualiser lors des aménagements futurs. Le dossier « loi sur l’eau » réalisé en 2014 donne aussi des indications environnementales sur lesquelles il faudra s’appuyer.

Le conseil municipal d’Ault a approuvé la création de la ZAC le 9 septembre 2011 au vu des résultats de la concertation.

Débat public animé à partir de 2013

La phase de concertation en 2010 et 2011 ne semble pas avoir fait de vagues, même si, quand le SMBS-GLP parle du Moulinet, les aultois répondent souvent protection et valorisation préalable du bord de mer et du centre-bourg. La relocalisation prévue à l’intérieur des terres de maisons du front de mer et de l’ancien casino n’a fait sensation que quand la presse a révélé en 2013 le projet d’expropriation et de démolition de 80 maisons du front de mer pour une relocalisation au Moulinet. La mobilisation générale a alors été déclenchée et l’association Ault Environnement s’est engagée dans la bataille.

Les arguments principaux d’Ault Environnement sont :

  • Le lien de ce projet du Moulinet avec la volonté politique d’abandon des protections face à la mer et d’abandon de la vocation balnéaire du centre bourg (Rapport Interland )
  • La vocation de cette zone à accueillir les reconstructions nécessitées par le projet de démolition de 80 maisons et de l’ancien casino rénové en 2013, qui ne sont pourtant pas menacés par l’érosion côtière si les ouvrages de protection sont entretenus
  • Le respect de ce site naturel et des espaces boisés menacés par la forte densité de construction

Ault Environnement a organisé le 22 février 2013 (invitation) une réunion publique à propos de la menace de démolition de 80 maisons. Elle y a rappelé qu’elle n’est pas totalement opposée au projet du Moulinet mais ce qui est prioritaire, c’est l’aménagement de la plage et surtout de terminer la digue.

Ault Environnement a organisé le 29 mars 2013 en mairie un débat public où ont participé la maire d’Ault et le président du SMBS-GLP. Ce fut un dialogue de sourds.

L’invitation à la réunion publique d’Ault Environnement le 25 mai 2013 titrait : « Cette fois-ci, le péril ne pourra pas être attribué à l’érosion de la falaise mais à la seule volonté des décideurs qui ont choisi de privilégier le repli stratégique vers le quartier du Moulinet ».

En juillet 2013, Ault Environnement a saisi le tribunal administratif pour obtenir communication du rapport Interland et du compte-rendu du comité de pilotage qui a validé la stratégie de repli. Le tribunal lui a donné raison le 7 mai 2014. ( Courrier Picard 14 mai 2014)

L’association Ault Environnement a manifesté le 31 août 2013 lors de l’animation « Jardins en scène » organisée dans le parc du Moulinet où le SMBS-GLP présentait une exposition sur l’étude stratégique de développement communal et de gestion durable du trait de côte ( Courrier Picard 2.9.2013). Ault Environnement a diffusé un tract  où on lit : « Exigeons le moratoire…. Ce projet justifie-t-il l’abandon de notre digue ?… le site du Moulinet est exceptionnel. C’est le dernier site sauvage qui existe sur notre côte. » Puis elle a interpellé les élus du SMBS-GLP ( L’Eclaireur 15 octobre 2013)

Le SMBS-GLP a délibéré le 3 février 2014 pour approuver le dossier de création et de réalisation de la ZAC. Un collectif « Oui au Moulinet » et l’association Ault Environnement ont manifesté ce jour là ( L’informateur 14.2.2014). Deux camps se sont affrontés sur ce projet à la veille de l’élection municipale.

Jean-Claude Buisine président du SMBS-GLP a déclaré, selon L’Eclaireur du 11 février 2014 :

« On ne va pas demander aux gens d’abandonner leurs maisons, mais certaines sont menacées indéniablement à 10, 20, 50 ans. La falaise a toujours reculé. Il nous faut prévoir l’avenir, même lointain. Le Moulinet représente un investissement de 10 millions d’euros. L’Etat pourra nous aider à financer la consolidation du trait de côte seulement si nous lui présentons un projet de repli ».

Bernard Motuelle, président d’Ault Environnement a déclaré selon le Courrier Picard du 15.2.2014 : « Faire passer ces décisions à 6 semaines des élections n’est pas correct ».

Ault Environnement a organisé le 22 février 2014 une réunion publique pour « faire connaître la vérité sur le projet du Moulinet » ( Courrier Picard 15 février 2014)

Dans un dernier tract avant l’élection municipale du 23 mars 2014, Marthe Sueur, maire sortant, écrit : « Dans l’année qui vient, les travaux du Moulinet démarreront. La réalisation de ce nouveau quartier permettra la construction d‘un nouvel hôtel dans le château existant puis d’une résidence de tourisme. La commune réalisera une nouvelle salle dédiée à la culture-spectacle, concert, cinéma… En partenariat avec des bailleurs publics, nous faciliterons la réalisation de logements locatifs pour tous.

Ce nouveau pôle créera une attractivité nouvelle pour notre bourg d’Ault et génèrera de nouveaux clients pour nos commerçants de centre-ville, des emplois pour les chômeurs de notre commune et des recettes fiscales nouvelles pour entreprendre des travaux d’amélioration du cadre de vie et d’entretien des ouvrages de défense contre la mer ».

Le conseil municipal a approuvé le dossier de réalisation le 5 mars 2014 ( Courrier Picard 8 mars 2014). Le projet comprend alors des logements, la rénovation du château et de la ferme qui deviendrait « la maison des paysages et de la falaise », les voiries, les espaces verts et les parkings ainsi que la construction d’un équipement culturel et festif. A une élue qui s’interrogeait sur la nécessité d’un tel équipement d’un coût prévisionnel de 2 100 000 € alors que la ville dispose de la salle du casino, la maire répondit que cette salle complètera parfaitement les équipements du Moulinet et notamment la maison des paysages et des falaises.

Dans sa délibération du 16 décembre 2014 sur le PADD (Plan d’Aménagement et de Développement Durable) de la commune, le conseil municipal a précisé concernant le Moulinet : « Il serait important que la ZAC puisse permettre l’accueil des gens délogés par le risque des falaises ».

Engagement des travaux – 2016

Le 8 mars 2016, le SMBS-GLP a délibéré pour engager une première tranche de 2,2 millions d’euros de travaux de viabilisation des accès routiers et des réseaux dans le cadre d’un plan de phasage

L’Informateur en a rendu compte le 18 mars. Le directeur général du SMBS-GLP a affirmé : « Les travaux entrepris vont permettre à la commune d’Ault de réaliser son centre culturel et à nous de lancer un appel d’offre auprès des investisseurs … Bien évidemment, il y a toute la problématique du trait de côte avec des maisons qui seront rachetées par le fonds Barnier parce qu’elles sont exposées. On pourra proposer à ces habitants des logements ».

Ault Environnement décide alors d’organiser le 2 juillet 2016 un atelier public de travail. L’association, outre une information sur le projet, une description du site avec des photos, une présentation de l’étude d’impact sur l’environnement, voulait élaborer un avis à présenter aux responsables du projet en définissant ce qui paraît positif, ce sur quoi il y a opposition et les points de vigilance.

Le 4 novembre 2016, Ault Environnement demande au SMBS-GLP communication du programme de construction de logements auquel il est fait référence dans la délibération du 8 mars 2016 qui justifiait ainsi le lancement des travaux : « la concertation et un travail régulier avec les bailleurs, les investisseurs privés, les services publics en charge du suivi du logement des jeunes et des personnes âgées ont permis d’arrêter ce programme qui, pour être finalisé, n’attend plus que la réalisation des espaces publics ». Malgré la relance du 8 février 2017, le SMBS-GLP ne répondra pas. Son président, Emmanuel Maquet, rencontré lors de sa permanence de conseiller général, avouera qu’il n’y a pas de programme de logements défini et qu’il dépendra des intentions de l’investisseur touristique recherché.

Les travaux d’aménagement commencent en novembre 2016. La presse s’en fait l’écho ( L’Eclaireur 29.11.2016). Elle redonne la parole aux défenseurs et aux opposants au projet du Moulinet. Marthe Sueur maire « la ZAC du Moulinet n’est pas une stratégie pour détruire les habitations situées en zone à risque… Elle est une solution de repli maîtrisé au cas où. » L’association Ault Environnement : « Nous n’oublions pas une seconde que le Syndicat Mixte a fait du Moulinet une destination probable pour les personnes qui seront concernées par le repli stratégique décidé par l’Etat. Pour nous l’entretien du front de mer et de ses protections est davantage susceptible de contribuer au maintien de la qualité balnéaire de la commune que la construction de 190 maisons… »

Le plan d’aménagement d’ensemble est affiché à l’entrée du site.

Plan Local d’Urbanisme (PLU): avis d’Ault Environnement en janvier 2017 – épilogue en novembre 2020

Ault Environnement s’appuie sur des études environnementales officielles

 Lors de l’enquête publique sur le Plan Local d’Urbanisme en janvier-février 2017, Ault Environnement constate dans son rapport remis au commissaire enquêteur : « Le PLU supprime des protections d’espaces boisés classés ! » Nous n’avons pas trouvé d’arguments justifiant précisément la suppression de ces protections.

Dans le dossier soumis à l’avis de la commission des sites et paysages, on peut lire page 7 :

  • «  il convient de maintenir, sur le territoire d’Ault, tous les boisements, bosquets, bandes boisées, friches buissonnantes en l’état de boisement et tous les talus et versants raides des vallées sèches ou des talweg pour :
  • préserver la qualité des eaux de surface et des eaux qui parviennent au littoral, afin de préserver les conditions de vie aquatiques ;
  • maintenir et développer les réseau de haies et de bandes boisées qui constituent des corridors biologiques, des refuges, des habitats pour l’entomofaune (réserve alimentaire) … »

On lit aussi page 11 : « le coteau du Moulinet est souligné dans sa périphérie par une végétation arborée et arbustive spontanée en pied de versant. Celle-ci met en valeur la colline et sa traversée à travers la roche. »

Dans l’évaluation environnementale du PLU, il est écrit page 45 : « il convient de maintenir sur le territoire d’Ault tous les boisements, bosquets, bandes boisées en l’état de boisement, les friches buissonnantes en l’état d’espace naturel et d’afficher en fonction des justifications un statut d’Espace Boisé Classé L 130-1, une protection L 123-1-5 III 2° sur les haies, talus, et sur les versants raides des vallées sèches ou des talwegs ». Elle poursuit page 47 (6.4) :  « les bosquets du coteau du Moulinet ou du bois d’Ault jouent un rôle plus restreint en tant qu’habitat naturel et un faible rôle pour la gestion des ruissellements. Ils peuvent constituer des relais sur le rebord du plateau dépourvu d’éléments naturels boisés. Leurs positions et leurs dimensions permettent de les associer au corridor biologique qui mérite d’être conforté sur le rebord du plateau, face à la plaine maritime. »

Malgré ces recommandations, le PLU supprime des espaces boisés classés ou en réduit la protection :

  • la haie de la rue du Moulin le long du parc du Moulinet n’est plus classée sous prétexte que cet espace boisé « n’est plus significatif dû à l’élargissement de la voirie » ; cet argument est incompréhensible, la voirie n’ayant pas été modifiée  (le Syndicat mixte Baie de Somme Grand Littoral Picard y envisage des constructions)
  • le bois situé au sud-est du château du Moulinet sur le plateau, change de classement sans aucun motif , avec pour seule information : « Les autres espaces boisés sont repris au titre du L123.1.5-III-2 de façon à être intégrés au projet de ZAC ». (le SMBSGLP ou la commune envisagent-t-ils de le rendre constructible ?) Il est étonnant de constater qu’un projet de ZAC est en soi un motif pour réduire la protection d’un espace boisé sans aucun élément de diagnostic sur la qualité du boisement et sa situation dans le paysage ! On peut même lire avec étonnement dans l’évaluation environnementale page 52 : « coteau du Moulinet : pas d’avis d’Octobre Environnement (le bureau d’étude) car espace déjà concerné par remaniement « ZAC du Moulinet » !
  • une bande boisée en dessous du bois accolé au château n’est plus classée alors que page 37 de l’évaluation environnementale il est écrit : « sans protection au plan de zonage, les haies et talus pourraient être détruits alors qu’ils jouent un rôle écologique ». « L’autorité environnementale recommande d’identifier le haies et talus particulièrement utiles à la fonctionnalité des corridors écologiques et à la biodiversité et d’assurer leur protection dans le PLU ».
  • la partie du bois ouest du Moulinet où se trouvait une allée qui deviendra une rue du nouveau quartier du Moulinet n’est plus classée.

Un élément remarquable de la biodiversité doit être protégé

La cuscute du thym repérée dans le parc du Moulinet se trouve dans une zone UB constructible sans prescription de préservation. L’évaluation environnementale du PLU écrit pages 35 et 36 : « Le plan de la ZAC semble pouvoir préserver » cette plante mais « il apparaît une incohérence entre le PLU et un élément remarquable de la biodiversité ». « Nous suggérons à la commune » soit le classement en N soit une inscription au titre des articles L 151-19 et 23 du code de l’urbanisme.

L’autorité environnementale recommande de prendre en compte cette conclusion.

Une urbanisation jugée surdimensionnée

Ault Environnement rejoint les critiques de « personnes publiques associées » consultés sur le projet de PLU. L’ampleur des terrains nouvellement ouverts à l’urbanisation est sans justification liée à l’évolution démographique raisonnablement prévisible. La ZAC du Moulinet est un projet surdimensionné : construire 190 logements pour l’accueil d’une « nouvelle population » estimée à 500 personnes d’ici 2030 n’est pas réaliste.

Selon l’avis de la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer), « les besoins en logement de la commune, à l’horizon 2030 sont, à la vue de la dynamique des territoires de l’ouest du département de la Somme, de l’ordre de 50 logements et représentent un gain de population de 50 habitants »

L’absence dans le dossier d’enquête publique du programme de logements prévu par la SMBSGLP dans la ZAC du Moulinet auquel il est fait référence dans une délibération de ce syndicat en date du 8 mars 2016, ne permet pas de savoir si sa stratégie est de développer les résidences de tourisme et les résidences secondaires, ce qui mériterait débat avant d’être entériné et traduit dans les espaces à réserver à la construction.

En l’état des informations rendues publiques, il est légitime de s’interroger sur la perspective de construction de 190 logements au Moulinet alors que les terrains non bâtis interstitiels (dents creuses) et les logements à l’abandon sont nombreux dans la commune.

En 2013 l’INSEE évalue à 225 le nombre de logements vacants ce qui représente 10,2 % du parc de logements.

Par ailleurs l’autorité environnementale recommande « de justifier pourquoi le comblement des dents creuses ne suffirait pas à répondre aux besoins, volontaristes, d’accroissement de la population » (le projet communal prévoyant d’urbaniser 68 dents creuses en plus de la construction des 190 logements neufs au Moulinet) »

Remise en cause, remise en jeu du PLU

Cet avis d’Ault Environnement sur le PLU n’a eu qu’une conséquence, l’engagement écrit en date du 6 mars 2017 de madame le maire de remettre en place les protections des espaces boisés dès la prochaine révision du PLU. Il aurait été plus simple de ne pas supprimer ces protections. Le commissaire enquêteur s’est satisfait de cette promesse. Moins d’un mois plus tard, une partie des espaces boisés protégés étaient rasés.

Des recours en tribunal administratif ont été déposés par Ault Environnement et quelques contribuables aultois. Le tribunal administratif de Rouen les a déboutés. Mais un particulier qui a fait appel du jugement a obtenu gain de cause et a obtenu le 17 novembre 2020 l’annulation de la constructibilité du parc du Moulinet en s’appuyant sur la loi Littoral qui protège les côtes des excès de l’urbanisation. Le jugement a invalidé un projet d’aménagement à l’étude depuis 15 ans et déjà validé par la procédure d’urbanisme de la ZAC il y a 10 ans et, qui plus est, en cours de réalisation.

La révision du PLU engagée en 2022 par la CCVS (Communauté de Communes des Villes Sœurs) pour débloquer le projet du Moulinet sera l’occasion de la remise à plat des enjeux d’urbanisme, d’environnement et de développement local.

Déboisement, défrichement, avril 2017

Le samedi 1° avril 2017, les aultois découvrent avec stupeur sur le site du Moulinet une énorme machine qui broie bruyamment les buissons et de nombreux arbres, y compris un alignement d’arbres le long de la rue du Moulin qui était encore protégé dans le Plan d’Occupation des Sols (communiqué de presse) (courrier picard). Ault Environnement contacte la mairie qui dit ne pas être au courant, demande à la gendarmerie de vérifier s’il y a une autorisation pour de tels travaux et interpelle les services de l’Etat. En ce printemps, de nombreux animaux sauvages se réfugient sur le terrain de foot voisin.

Ault Environnement réalise un dossier dénonçant l’illégalité du défrichement et le non respecte des prescriptions environnementales.

En Août, l’assemblée générale d’Ault Environnement décide de porter plainte contre X pour déboisement illégal. L’affaire a été confiée à un juge d’instruction dont on attend des nouvelles.

 

Volonté d’Ault Environnement de faire des propositions – 2017

Le samedi 8 avril 2017, Ault Environnement tient une matinée de travail sur le projet d’aménagement du Moulinet pour définir une position :

  • Accord pour un hôtel et un restaurant dans les locaux existants
  • Demande d’en savoir davantage sur la résidence de tourisme, sur le programme de logements et sur les intentions d’aménagement du parc
  • Proposition de structures d’accueil pour les promeneurs, les randonneurs, les classes de mer : aire de pique-nique, salle hors sac, …

En 2022, Ault Environnement va reprendre la réflexion et organiser des débats sur l’aménagement du parc public du Moulinet pour être actif dans le dialogue attendu de la municipalité, avec le souhait que cessent les vieilles méthodes de concertation et de transparence limitées.

Construction d’un centre culturel – 2019-2020

Ault Environnement s’est gardé de s’exprimer sur l’opportunité de la construction de cet équipement sur le site du Moulinet, même si les propos contradictoires des décideurs sur la vocation de cet équipement à remplacer ou pas l’ancien casino pouvait agacer. Pourtant la limitation du réchauffement climatique doit amener les associations environnementales à dénoncer les grands projets inutiles qui sont producteurs de gaz à effet de serre lors de leur construction puis lors de leur fonctionnement.

Ault Environnement a découvert dans le permis de construire déposé en 2018 que la haie champêtre couronnant le talus le long des rues du Moulin et de Paris devait être supprimée et pas reconstituée. Par ailleurs l’accès des personnes à mobilité réduite n’était prévu que pour les personnes arrivant en voiture sur le parking. Un trottoir était prévu le long de la parcelle à construire mais n’allait pas plus loin.

Après un recours gracieux auprès du maire le 1° septembre 2018, resté sans résultat, un recours a été déposé contre le permis de construire auprès du tribunal administratif (raisons du recours, communiqué de presse, articles  Courrier Picard du 27.02.2019). Puis des tentatives de dialogue avec le nouveau président du SMBS-GLP, Stéphane Haussoulier, ont permis de se parler poliment. Elles ont conduit à une révision de l’accès piétons et à un aménagement pour les piétons sur la rue du Moulin dépourvue de trottoir le long du parc du moulinet. Mais aucun dialogue n’a été possible sur la demande de reconstitution d’une haie champêtre après sa destruction.

Le 12 septembre 2019, lors de la pose de la première pierre du centre culturel, Ault Environnement a manifesté et diffusé un tract « Non au défrichement des espaces boisés du parc du Moulinet ». L’association a été interdite d’accès au chantier puis tolérée sans tracts. Elle a entendu un enchainement de discours contradictoires, le député et le sénateur félicitant la commune d’avoir le courage d’amorcer le repli stratégique en construisant un équipement en remplacement de l’ancien casino, et la maire assurant que l’ancien casino ne disparaîtrait pas contrairement à ce que disent les mauvaises langues (Eclaireur 17.9.2019 .

Après l’élection municipale de 2020, Ault Environnement a espéré être écouté par la nouvelle municipalité et a fait le pari qu’elle pourrait influer sur les choix d’aménagement du SMBS-GLP. Le recours en justice a été retiré et des propositions concrètes ont été faites par Ault Environnement pour replanter des haies champêtres, mais elles sont restées sans réponse. La suite donnée fut la construction par le SMBS-GLP d’énormes murs inutiles en béton, en lieu et place de talus et de haies. Encore un petit coup de pouce au réchauffement climatique, un gaspillage d’argent public et une image qui ne correspond pas à la réalité aultoise.